Francois Riviere
Francois Riviere
Aime Michel I
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Charles-Noel Martin
Francois Richaudeau
Robert Amadou
Claude Thomas
JACQUES BERGIER, LE MAGICIEN:

C'était le Magicien d'Oz, tenant toujours d'une main d'enfant sa grosse serviette remplie de numéros rarissimes de "Weird Tales" ou d'"Astounding Stories", de polars introuvables, de fanzines péruviens et de comics bariolés...
Trottinant, faisant dix gags à la minute avec sa voix de robot, les yeux plissés dans une sorte d'extase extraterrestre, Jacques Bergier de son vivant était déjà une légende. Avant de le connaître, j'avais beaucoup lu grâce à lui; au collège, je découvrais, fasciné, "Le Matin des Magiciens"; un copain ramenait de chez lui les numéros de "Planète" et nous rêvions de l'Atlantide, des Quasars, d'espions aux missions incroyables. Mais ce que j'ignorais encore à ce moment-là, c'est que Bergier, "conseiller littéraire" de "Planète", nous initiait, nous autres, petits provinciaux, à des écrits encore terriblement marginaux: les oeuvres d'auteurs magiques qu'il fut longtemps l'un des rares à savourer, Lovecraft ("le grand génie venu d'ailleurs" comme il disait), Arthur Machen, Abraham Merrit, Talbot Mundy, Lord Dunsany, C.-S. Lewis et ceux dont il parle dans son livre "Admirations". Lui, "L'amateur de mystères et scribe de miracles" (citation empruntée par ses soins au "Péril Bleu" de Maurice Renard et reproduite sur ses cartes de visite), distillait une incroyable érudition en matière de prophéties romanesques intrigantes et autres délires du roman d'aventures, noués ensemble au comble d'une sorte de frénésie paranoïaque. Bergier rêvait tout haut. Au point que lui-même semblait sortir tout droit d'un roman de John Buchan, l'auteur des "Trente-neuf marches".
Magicien, oui, jouant sans relâche avec une foule de concepts scientifiques dont je me demandais toujours s'il ne venait pas de les inventer au coin de la rue. Derrière ses grosses lunettes, les yeux de Bergier pétillaient d'une malice ineffable. "Bonjour, comment ça va ?" C'était vraiment Ezdanitoff, le petit savant imaginé, à peine, par Hergé dans "Vol 714 pour Sydney". Je le revois, à la librairie "Temps Futurs", farfouillant à genoux dans les rayons, poussant des soupirs de ravissement enfantin en découvrant une bibliographie d'Olaf Stapledon tirée à 80 exemplaires... Je l'entends encore, chez François Le Lionnais, à la table de l'Ouvroir de Littérature Policière Potentielle (OuLiPo), nous entretenir de meurtres en chambre close imaginés dans un délire total, ou bien des rapports de Sherlock Holmes avec les soucoupes volantes -auxquelles il ne croyait plus depuis longtemps. Facétieux et cosmique, comme toujours.
Bergier, c'était une sorte de grand frère au visage lunaire, gamin américain portant un masque de "Great Pumpkin"(*) pour nous faire rire. Vivant on ne sait où, quasi-intemporel. Ce solitaire avait un beau matin troqué le quotidien pour les empires du rêve; et il s'y trouvait bien. Il vient de nous laisser à notre banalité, ayant lui-même retrouvé ses complices de l'Autre dimension, à qui il doit essayer de faire croire que nous existons.

François Rivière, "Les nouvelles littéraires", n° 2663, du 01 au 07 décembre 1978.

((*) : citrouille d’Halloween. (dans la même idée, Georges Gamow écrivit une série de vulgarisation scientifique à succès, avec Mr Tompkins comme savant présentateur).)

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CET ELFE QU'ETAIT JACQUES BERGIER...

Ce tendre sceptique pétri de culture atteignit la célébrité avec le livre qu'il écrivit associé à Louis Pauwels sur quelques vrais mystères (et "seulement 20 % de sources erronées, douteuses, ou invérifiables", d'après ses propres dires), "Le Matin des Magiciens". Dès lors, son physique de professeur Nimbus, son impertinence corrosive et son art de dévisser les convictions toutes faites devinrent célèbres. L'Occident, qui s'ennnuyait avant 1968, comme chacun sait, fit fête à la revue née du fameux "Matin", nommée "Planète". Bergier, Pauwels et Richaudeau y mélangeaient allègrement le bouddhisme zen et l'éthologie, la sexualité et l'archéologie, tels des érudits farceurs fichant la pagaille dans un musée morose.
De nature inquiète et provocatrice, Bergier était le premier à mettre le feu aux vieux dictionnaires. Ingénieur chimiste, ancien attaché au laboratoire de physique nucléaire d' André Helbronner (*), inventeur de la synthèse du polonium à partir du bismuth et de l'hydrogène lourd, il avait l'autorité pour le faire. Lecteur passionné, épris de ce que l'on appelle en science "les singularités orphelines", il savait débusquer dans les recherches scientifiques, avec une rare intuition, tout ce qui déjouait les théories austères. Il y mit souvent trop de talent et on le prit parfois pour un mystificateur. Mais sa mort, à 67 ans, ne nous laisse plus que regrets: l'information a si peu d'elfes....

Article de "Science & Vie" n° 736, janvier 1979.

(*):
Pr. HELBRONNER André Samson Seby:
Physicien et chimiste. Doté d'un fort caractère.
Grand Prix de la Médaille Franklin en 1922, pour ses travaux sur la liquéfaction des gaz et sur les colloïdes.
Né le 23 décembre 1878 à Paris (10e). Premier professeur de France de chimie physique en 1906 à Limoges, puis au Collège de France. En 1910, réalisation d'1/2 litre d'air liquide (avec Georges Claude). Il séjourne aux USA en 1917, pour organiser l'industrie aéronautique débutante des américains. Laboratoire 49 rue Saint-Georges (Paris) à son domicile personnel. Il est arrêté le 7 juin 1943 à Lyon, sur dénonciation d'un collabo français dénommé Plouvier travaillant pour la gestapo de Klaus Barbie. Mort le 14 mars 1944 au KZ Buchenwald, d'une pneumonie.

A/ Sa thèse:

- 1904: Contribution à l'étude des aldéhydes oxynaphtoïques.

B/ Communications à l'Académie des Sciences (Institut de France):

- 1901 (2ème semestre) : Camphres: combinaison du camphre avec l'aldéhyde béta-oxy-alpha-naphtoïque.
- 1905 (20 novembre) : production d’azote liquide (avec Georges Claude (directeur) et K.Lévy).
- 1922 (22 mai) : l'attaque des minerais par les bactéries: oxydation de la blende (avec W. Rudolfs).

C/ Articles:

- 1914: Contribution to the Study of Rubber Solutions Vulcanized by the Ultra-violet Rays (avec G. Bernstein), Rubber Industry, p.156-163.
- 1917 (décembre): Concentration de l'acide sulfurique (avec P. Pipereaut), bureaux du ″Moniteur scientifique-Quesneville″, Paris, tome VII.

D/ Brevets (enregistrés à Paris (dates exactes), et à Zurich +/- un an plus tard):

- 1908 (16 janvier) : procédé de transformation de l'osséine en une substance nouvelle, différente de la gélatine (avec Ernest Vallée).
- 1908 (30 janvier) : nouveau cuir artificiel, et procédé pour sa fabrication. (avec Ernest Vallée).
- 1908 (08 février) : nouveau fil artificiel, et procédé pour sa fabrication (avec Ernest Vallée).
- 1908 (08 février) : nouvelle pellicule pour la photographie, la cinématographie et la phonographie et procédé pour sa fabrication (avec Ernest Vallée).
- 1910 : applications relatives à la préparation de tuberculine et de sérums à partir du bacille de la tuberculose (avec le Professeur Henri Victor et Max von Recklinghausen).
- 1910 : améliorations des mécanismes d'ascenceurs hydrauliques, et appareillages semblables (avec Henri Victor et Max von Recklinghausen).
- 1910 (26 février) : procédé et appareil pour la stérilisation de liquides pour usages alimentaires, médicaux, chirurgicaux et autres (avec Henri Victor et Max von Recklinghausen).
- 1910 (08 juin) : appareil perfectionné pour la stérilisation de liquides dont l'eau (avec Henri Victor et Max von Recklinghausen).
- 1910 (03 octobre) : autre appareil perfectionné pour la stérilisation de liquides (avec Henri Victor et Max von Recklinghausen).
- 1911 (10 mars) : autre appareil perfectionné pour la stérilisation de liquides (avec Henri Victor et Max von Recklinghausen).
- 1911 (15 avril) : appareil pour le traitement de liquides biologiques au moyen des rayons ultra-violets (avec Henri Victor et Max von Recklinghausen).
- 1911 (26 mai) : autre appareil perfectionné pour la stérilisation de liquides (avec Henri Victor et Max von Recklinghausen).
- 1914 (25 avril) : procédé pour la fabrication de ciment blane.
- 1927 (11 aout) : pile électrique (avec Eric Edward Dutt (indou)).

E/

- 1935 : synthèse d'or, à partir de bore et d'un filament de tungstène, à plus de 10000000 de °C (avec Dutt).
- 1936 : utilisation de l'eau lourde pour ralentir les neutrons, dans la réaction de fission nucléaire (avec Bergier et Eskenazi).
- 1937 : fabrication de détériure de lithium (avec Bergier et Eskenazi).
- 1938 : première synthèse d'un élément radio-actif naturel, le polonium (avec Bergier et Eskenazi).
- 1939 : Loi dite de "Helbronner et Bergier", sur l’antagonisme physique entre les radiations solaires et radioactives.

F/

- 1940 (printemps, peu avant la débâcle) : dépot de trois plis cachetés à l'Académie des sciences de Paris (Institut de France) précisant les recherches physico-chimiques pour l’élaboration d’une bombe H par Bergier, Helbronner et Eskenazi, développées dans leur laboratoire du 49 rue Saint-Georges à Paris.
Pli n° 11.686 (27 mars 1940) : "Possibilité de produire une réaction en chaîne dans une masse d'uranium 238".
Pli n° 11.694 (15 avril 1940) : "Argumentation :
Partie 1: réaction en chaîne dans un mélange d'uranium et de deutérieum.
Partie 2: Entretien d'une réaction en chaîne dans un mélange d'uranium et de béryllium".
Pli n° 11.718 (27 mai 1940) : "Etude d'un centre d'énergie à base d'uranium, calcul du rayon critique, possibilité d'une désintégration du deuton par les ions rapides de fission, remarque sur le rayon critique d'une masse uranifère, possibilité d'obtenir une émission de neutrons en bombardant des noyaux lourds par des ions rapides de fission".

Une rue porte depuis le nom d'André Helbronner, à Saint-Ouen (dans le 93).

Contrairement à une rumeur propagée sur internet, André Helbronner n'a jamais été le membre d'une quelconque "pseudo" communauté Attégia !
 

Quelques couvertures...
d'ouvrages...
de Charles Hoy Fort.
Lire un bon article sur Fort dans le mensuel "Fiction" n°24
I
Lire deux remarquables études sur Fort dans les fanzines " Vortex " n°1- 1980, et "Diantre!" en 1997
Découvert en France par les surréalistes de la revue "Medium" ... et bien sûr par Jacques Bergier !
"Lire Charles Fort, c'est chevaucher une Comète !" - Maynard Shipley
"Dans son oeuvre, les germes d'au moins six sciences nouvelles !" - John Campbell.
Alphonse Lenormand
01 Janvier 2008