Aime Michel I
Francois Riviere
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Claude Thomas

JACQUES BERGIER L'ADMIRABLE

EN MOURANT, C'EST LA PREMIERE FOIS QU'IL FAIT DE LA PEINE:

"...Longtemps encore, on lira ses nombreux livres. Plus longtemps encore?..."

Sans doute. Connaissance de Jacques Bergier que Louis Pauwels exprima dans "Blumroch l'admirable" (*).

Et, pourtant, j'ose le dire, Jacques Bergier est vraiment mort le 23 novembre 1978, emportant avec lui les secrets de sa personnalité prodigieuse.
Ceux qui ne l'ont pas rencontré dans ce monde ne peuvent se faire une idée, même lointaine, de ce qu'il fut. Même nous qui le connaissions depuis vingt ou trente ans, il nous stupéfiait tous les matins quand il arrivait, vers les 10 heures, traînant avec effort une énorme serviette bourrée des derniers livres marginaux publiés la veille en Amérique, en Sibérie, en Bulgarie, à Hong-Kong ou en Argentine. Il n'arrivait pas qu'avec ces livres improbables: il avait aussi un lot de bonnes histoires inédites en provenance des quatre coins de la planète, sinon d'ailleurs.
Il nous les racontait en lisant. C'est-à-dire que, tout en parlant, ménageant ses effets comme un renard de comédie, il feuilletait rapidement D'AUTRES livres arrivés à son bureau avant lui. Aussitôt l'un fini, il passait au suivant. Temps moyen, un quart d'heure par livre.
Je me rapelle ma naïve déception un jour que je lui en dédicaçais un, œuvre d'années de travail et de six mois de rédaction. Il le feuilleta en ne cessant de bavarder d'autres choses et de s'empiffrer de gâteaux, puis le referma.
- J'espère qu'il vous intéressera, avançai-je.
- Mais ça y est, je l'ai lu de A à Z et nous allons en parler.
Et, en effet, après un quart d'heure de lecture apparemment distraite, il connaissait le livre presque aussi bien que moi-même. Cela se passait en 1958. Le printemps dernier (1978), il me reparlait de ce livre sans en avoir rien oublié. Or, toute sa vie (sauf pendant son passage aux camps de concentration de Neue Bremme et de Mauthausen, ...et encore !), il lut peut-être de quatre à dix livres par jour, dans toutes les langues où s'active une création originale. Il n'était pas que formidablement bardé de lectures et de connaissances: ce n'était même là, quoique effarant, que son prodige mineur !
L'approcher, c'était entrer dans le cercle intarissable de ses réflexions cocasses, de ses coq-à-l'âne, de ses provocations intellectuelles, bref d'une activité mentale infatigable et sans pareille. C'est pourquoi Jacques Bergier est bien sorti de notre monde, tout entier, en mouvement, seul avec lui-même, comme il l'avait toujours été, le 23 novembre, semblable à ces personnages mystérieux de la tradition juive, qui connaissent les portes secrètes donnant dans l'indicible.
J'écris cela pour ceux qui se sont attachés, sans l'approcher, à la personnalité sans pareille qui, avec Pauwels, conçut le "Matin des magiciens", puis la revue "Planète", et sut imposer en France la vraie dignité de la science-fiction et de la littérature fantastique. Mais qu'il soit permis à l'un des trois ou quatre qui furent vraiment ses frères d'aller plus au fond de son âme: au-delà de son personnage biblique, prodige de l'esprit, Bergier fut, sans jamais un seul écart, l'être le plus généreux, le plus pur, le plus désintéressé, le plus innocent. Fier de ses victoires, il fait la grosse voix dans ses souvenirs guerriers, et c'est vrai qu'il fut un héros, un des seuls héros de la dernière guerre qu'à la fois les Russes et les Américains, les Anglais et les Français, couvrirent de leurs plus hautes distinctions militaires. Mais il était incapable de haine et je suis sûr que, même à ceux qui, parfois, se sont crus ses adversaires, c'est la première fois qu'en mourant il fait de la peine. Il était, mais profondément et par enfantine pureté de cœur, car rien ne l'effrayait, la gentillesse incarnée.
Parfois même, plus au fond encore de l'indicible de son âme, il nous a été donné d'entrevoir sa vraie face cachée, je ne sais quel commerce secret avec les éternels mystères de ce monde et des autres, commerce qu'il renouait chaque fois dans une solitude vraiment complète, où nul ne l'a jamais suivi, fut-ce physiquement. Il descendait, quelque part, d'un taxi, nous serrait la main et disparaissait dans la foule.
Hélas, nous ne reverrons plus cet être Unique.
Il est, cette fois, descendu pour toujours et nous pleurons.

Aimé Michel ("Un homme branché sur le futur" - Louis Pauwels) - revues: "Question de" n °28 de janvier/février 1979, le "Figaro Magazine" du 02 décembre 1978, "Kadath" bimensuel n° 31 de janvier/février 1979 (intitulé alors "A la recherche de Kadath").

Bibliographie d'Aimé Michel:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Aim%C3%A9_Michel

(*):
"Ce livre a une ligne nette et exigente. D'où la délicatesse
du polissage" - Louis Pauwels (livre ayant subi trois rédactions différentes simplificatrices).

"Blumroch est "admirable" en effet. Admirable, insolite,
et singulièrement fascinant.
Je n'ai assisté qu'une seule
fois à un dialogue entre Bergier et Pauwels, et je ne suis pas prêt de l'oublier" - Michel de Saint-Pierre.

...& 3 citations de Pauwels sur Bergier:

-" Son génie courait à grande vitesse dans le dépot (de sa mémoire) pour établir des connexions, lesquelles produisaient des étincelles,
et son bonheur était d'en offrir le spectacle à ses amis".

- "Il s'intéressait à la science-fiction, non pour se distraire avec l'impossible, s'évader dans l'irréel, mais pour chercher des portes à ouvrir sur des mondes négligés, oubliés ou futurs".

- "Ce juif de génie, Jacques Bergier, mon frère d'esprit" (écrit le 30/12/1989).


LEGENDE DES IMAGES:

1 - Affiche du film de Cecil B. de Mille, créé en 1932, et présenté en Allemagne en 1935 ("Im Zeichen des Kreuzes" - "Le Signe de la Croix"). Bergier aida le groupe de résistance allemand communiste "die Rotte Kapelle" (Orchestre Rouge), après réunion préparatoire chez Alfred Eskénazi à Paris, à la distribution de tracts anti-nazis à la sortie de la projection de ce péplum au cinéma Olympia, à Berlin, le 28 février 1935. (par la suite, il témoignera à décharge pour disculper des membres de la base de ce même réseau, injustement accusés par leurs chefs, dans un procès tenu secret en Allemagne, en octobre 1945).

2 - Par un ingénieux dispositif artisanal de compte-goutte relié à cinq tapettes à rats depuis la lucarne du grenier (8e étage) du 3 rue Alsace-Lorraine, Bergier aida Jean Bertrand (concepteur de l'installation), militant cheminot du Parti Communiste, ainsi qu'André et Angèle Delacourtie, sur une opération à l'instigation du futur Colonel Fabien (dit alors "Fredo"), à projeter des tracts d'adhésion au parti communiste français (imprimés et rédigés par Robert Caussat) sur le cortège du maréchal Pétain, depuis l'angle de la place Esquirol proche de la place du Capitole de Toulouse, le 7 novembre 1940 (lors du premier voyage en province après "l'investiture" de ce dernier; seule autre personne au courant de cette action: André Seguy, le père de Georges (futur secrétaire général de la C.G.T. déporté à Mauthausen à 17 ans)).

3 - Le fameux renard automate électronique du fort connu chroniqueur et journaliste scientifique Albert Ducrocq (deux "spécimens", Job et Miso), présenté lors de l'exposition futuriste "La Vie en l'An 2000", conçue par Bergier et André Labarthe, puis organisée par Marc d’Eaubonne (frère de Jehanne (épouse de l’humoriste Jean-Charles) et Françoise), sur la place de la Brèche à Niort en mai 1954, à l'occasion de la foire agricole annuelle de la ville. 100000 visiteurs durant tout le mois.

4 - L'émission télévisée "Les Incollables", diffusée sur la Télévision Suisse Romande, Télé-Luxembourg, Radio-Télé-Monte-Carlo et la Radio-Télévision Belge Francophone, en 1977-1978. Bergier y tenait le rôle de "l'ordinateur vivant". On reconnait sur l'image l'humoriste Jean Raymond, Evelyne Grandjean, et feu le suisse Michel Deneriaz. Aucune archive de l'émission n'a été conservée par les chaînes. Pas de diffusion sur les ondes télé françaises. Seule l'AAJB possède 3 émissions en vidéo, fournies par la famille Deneriaz.

5 - Aimé Michel en 1955.




Suisse - 1976 (TSR)



Canada - 1967 (RCA)


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3 , 4 et 5.

Chronologie des livres de ou sur Aimé Michel.

Alphonse Lenormand
01 Janvier 2008