Aime Michel II
Francois Riviere
Aime Michel I
Aime Michel II
Aime Michel III
Charles-Noel Martin
Francois Richaudeau
Robert Amadou
Claude Thomas
IL N'ETAIT PAS UNE LEGENDE :

Quand on m'a téléphoné qu'il était mort, et comment, le 23 novembre, je n'ai pas eu de chagrin: voilà, voilà, il réalisait enfin le rêve de sa vie, visiter un vrai monde parallèle. Et ses derniers moments montraient tant de lucidité et de courage, tant de fidélité au plus haut de son âme, que c'était une leçon pour nous: il était rentré chez lui le soir après une journée de travail, il avait recommandé qu'on lui foute la paix, il s'était couché, et il avait regardé venir, sûrement "avec une intense curiosité" (selon un mot qu'il citait souvent de Lord Halifax). Alors, pourquoi pleurer ?

Jamais plus je ne le verrai lire un livre difficile en langue improbable et en vingt minutes (car il lisait toutes les langues européennes « sauf le hongrois et le finnois ») tout en s’envoyant de petits coups de règle sur la tête (« ça aide »), et en parlant d’autre chose sans perdre aucun fil ? Jamais plus ces discussions uniques qui laissaient les plus habitués pantois, car il avait des connaissances approfondies sur tout, et aussi des théories joyeuses, contradictoires et farfelues certes, « mais pas plus que n’importe quel compte rendu de l’Académie des Sciences » ? Jamais plus ce rire sarcastique, cette effervescence de bonnes histoires inédites ?
Et tenez, tout cela, à la rigueur, je m’en passerais à mon âge. Mais (j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire) Bergier n’est pas seulement l’un des plus prodigieux cerveaux que j’aie connus, comme on dit dans une autre revue : il est aussi l’être le plus pur, le plus innocent, le plus enfantin, le plus généreux, le plus incapable de méchanceté. Je viens d’écrire « il est ». C’est que, « rien que dans la physique de l’eau, oui, H2O, ou dans la table périodique des éléments, il y a des choses bien plus déconnantes que dans l’hypothèse de la survie. » (Ce qui est aussi mon avis). Bref, quoi, je ne crois pas à la mort de Jacques Bergier. Il doit y avoir au moins quelques appelez-ça-comme-vous-voudrez pour qui la mort est un épisode mineur. Je crois dur comme fer que je reverrai Bergier AILLEURS. Le contraire, quand on a connu cet irremplaçable, MAKES NO SENSE, mes enfants. Prenez-ça-comme-vous-voudrez. A moi, cela tempère mon chagrin, quoique pas beaucoup.
Vous êtes plus calés que moi pour décider s’il fut le meilleur connaisseur de S.F. de son temps. J’ai rencontré bien trois ou quatre types qui affirmaient en savoir plus. Cela m’épata un peu, mais c’est possible, et je m’en fous.
Ce que je sais, c’est que pendant des décennies, il n’a pas passé un jour sans lancer trois ou quatre idées abracadabrantes, généralement en contradiction avec celles de la veille, trois ou quatre bonnes histoires inédites, et des quolibets à la pelle, le plus souvent à sa propre adresse (« pas absolument nécessaire d’être dingue pour faire « Planète », mais ça aide », et je pourrais passer ce qui me reste à vivre à publier une bibliothèque de « Bergieriana »).
Ce que je sais, encore, c’est que ce type Unique, qui a beaucoup écrit, N’A JAMAIS ECRIT. Quand un éditeur l’avait embêté assez longtemps et que le percepteur le talonnait (ou l’un de ses nombreux tapeurs), il dictait à fond de train « son livre du jour », puis le relisait à la même vitesse que les livres des autres et ne voulait plus en entendre parler –sauf à aller lui-même à la T.V. pour dire généralement le contraire de ce qu’il avait écrit. Seule exception (admirable) : « Agents secrets contre armes secrètes », le livre qu’il écrivit à la main à son retour de déportation, quand il pesait les 35 kilos, godasses comprises,… des années avant qu’il fut devenu Bergier et qu’il se vantât de « n’avoir pas un muscle, rien que de la bonne graisse (*)! »
Si bien –si malheureusement- que depuis qu’il est parti, explorer d’autres dimensions, seuls ceux qui l’ont connu restent à le connaître. Il ne laisse aucune image de lui-même (sauf l’image de guerrier dans « Agents secrets », à la 3e personne, comme César). Seul Pauwels a su brosser de lui un portrait merveilleusement ressemblant dans son plus authentique livre d’amour : « Blumroch l’Admirable ». J’en vois qui me vont vouloir corriger : Pauwels, par ci, Pauwels, par là. D’avance je réponds merde : Pauwels, Bergier et moi fumes de vrais copains, de vrais frères, car « nous sommes en désaccord sur tout sauf sur l’essentiel » et il en sera ainsi jusqu’au dernier survivant (c'est-à-dire longtemps encore – il y a toujours des gens pressés)(**). Le portrait de « Blumroch » est donc admirable de véracité : c’est Bergier dans son essence, sa quintessence, sa magnificence, sa quiddité, bref tout craché, et je ne peux le relire sans rire et pleurer. Pourtant, Bergier ronchonnait : « Blumroch » ne relate que trois heures de conversation avec Bergier, trois heures seulement ! POURQUOI CES TROIS HEURES-LA ? Pauwels aurait du écrire dix-mille « Blumroch », et il pourrait, s’il n’avait à écrire ses propres livres.
Cela ne fait rien. Lisez « Blumroch », prego, non sans vous souvenir qu’il faut le compléter par les 10000 Blumroch contradictoires que Pauwels ne manquera pas d’écrire quand il n’aura plus rien d‘autre à dire, l’un de ces millénaires.
Et puis, ça suffit. Pourquoi faut-il que ce soit moi qui parle de Bergier mort ? Il est mort, inépuisé et inépuisable, et comme disait à peu près Bossuet à la fin d‘une de ses Oraisons Funèbres : « Pour moi, les gars, il serait plus sage désormais que je commençasse à m’occuper de mes oignons ».

Aimé Michel (1919 - 1992), mensuel « Fiction » n° 298 – février 1979.
Enfance agricole, enseignant, diplômé en psychologie, licencié en philosophie, Michel entre en 1944 à l'ORTF, en passant le concours des ingénieurs du son du studio d'essai. Il y travaille ensuite au service de la recherche. Expert en méthodologie dès 1952, écrivain scientifique, membre du "Collège Invisible" ufologique de Jacques Vallée dans les années 70', il fit aussi partie du comité rédactionnel de la revue "Lumières dans la nuit" dès 1969. Il écrivit d'innombrables articles sur l'ufologie, le mysticisme, le monde animal et autres sujets dans des revues très variées ("Sciences et Vie", "Tout Savoir", "Monde et Vie", "Planète", "Phénomènes Spatiaux", "Question de", etc...).
Ouvrages-clés d'Aimé Michel pour l'ufologie française (avec "Les soucoupes volantes viennent d'un autre monde" en 1956 et "Black-out sur les soucoupes volantes" en 1958 de Jimmy Guieu):
- Lueurs sur les soucoupes volantes (1954 - préface de Jean Cocteau son ami)
- A propos des soucoupes volantes - Mystérieux Objets Célestes (MOC) (1958)

((*): découverte chez Bergier d'un diabète gras à la fin des années 50': mais ni les conseils diététiques ni les médications ne furent "son lot quotidien" !..)

(**): Prix Louis Pauwels:

Jury type: Henri Amouroux (Pr, grand ami de LP), Jacques Mousseau (ex-rédacteur en chef de "Planète"), Franz-Olivier Giesbert, Jean Piat, Bernard Debré, Jean Miot, Guy Sorman, Olivier Weber, Henri-Chrisitan Giraud, Henriette Walter, Sylviane Plantelin; couronne un essai sur des questions de société en souvenir de L.Pauwels, instituteur 1939-45 puis journaliste et écrivain, membre de l'académie des Beaux-Arts en 1985, prix Albert Olivier 1974, prix René de Chateaubriand 1977, prix Saint-Marc de la ville de Venise 1981, second (-1 voix) du prix Goncourt décembre 1955 (pour « L’Amour Monstre »), disciple de Gurdjieff en 1948, fondateur du Figaro Magazine en 1978, rédacteur en chef de « Carrefour », « Arts Spectacles », « Combat », « Question de », « Marie-Claire » (et bien sur aussi de « Planète » et ses dérivés (« Plexus », etc…)), directeur de nombreuses collections littéraires (« Lumière interdite »(éd. Deux-Rives)», « Bibliothèque Mondiale », « Culture Art-Loisirs », « Bibliothèque de l'irrationnel et des grands mystères », « Histoire des personnages mystérieux & des sociétés secrètes », « Les reportages dans l'histoire », « Le Club des femmes »…), instigateur de l'Omnium des Libertés en 1996, accessoirement franc-maçon... et Officier de la Légion d'Honneur ! Présenté à l'Académie Française en 1984 et le 11 décembre 1989.
(Sa fille aînée obtiendra également le prix Robert Nimier 2003 pour un ouvrage consacré à son père (qui a épousé Elina Labourdette, actrice, en 1955, et eut deux enfants d'elle, ainsi qu'une antérieurement - Marie-Claire, Zoé et François)).

1998: Henriette Walter "L'aventure des mots français venus d'ailleurs" (éd. Robert Laffont)
1999: Xavier Emmanuelli (!) "L'homme n'est pas la mesure de l'homme" (éd. Presses de la renaissance)
2000: Thierry Desjardins "Le scandale de l'éducation nationale" (éd. Glénat)
2001: Pr Bernard Debré "La grande transgression" (éd. Michel Lafon)
2002: Olivier Weber "Le faucon afgan, voyage au pays des talibans" (éd. Robert Laffont)
2003: Thierry Hentsch "Raconter et mourir. L'Occident et ses grands récits" (éd. Bréal)
2004: Vladimir Fédorovski "Le roman du Kremlin" (éd. Le Rocher)
2005: Jean Ferniot "C'était ma France" (éd. Grasset)

Alfred Eskenazi (juif d'origine syrienne, né à Alep le 04/03/1911, de famille aisée car liée au commerce de la soie lyonnaise):
collaborateur d'Helbronner, Dutt, Gavronsky et Bergier. Adhérent au Parti Communiste Français. Lui aussi un fort caractère. Connu Bergier à l'école de chimie de Paris en 1933; poursuivi ses études de 1933 à 1936 à l'école de chimie de Rennes. Domicilié 61 avenue Niel, à Paris avant guerre, et lié alors au groupe allemand "Orchestre Rouge". Période de résistance: membre de "Libération" (09 à 12/42, avec JB et AH), après un premier projet de départ à Londres du Trio par ce réseau en 02/42; puis de "Marco-Polo". Fournisseur de faux-papiers aux M.U.R. en mai 1943. Arrêté tout comme A.Helbronner sur dénonciation en juin 1943 par la gestapo, et torturé à l'école de santé militaire du fort Montluc (le site militaire de Montluc se décomposait en quatre parties distinctes: le fort, la prison, l'école de santé et le tribunal). Tué durant sa tentative solitaire d'évasion le 21/07/1943 sur le deuxième mur d'enceinte de la prison par les sentinelles. Mort à 32 ans, il laisse trois enfants en bas âge. Il a jeté certaines bases de la cibernétique, ayant de solides connaissances en électronique.

Quelques exemples...
...des volumes des fameuses...
...Anthologies Planète !
Les six autres couvertures...
...sur le site "Jacques Bergier" de Claude Thomas.
La dernière éditée, en 1971. Il y eut 17 ouvrages au total.
Directeur général de la collection: l'écrivain de SF Jacques Sternberg.
Alphonse Lenormand
01 Janvier 2008