Francois Richaudeau
Francois Riviere
Aime Michel I
Aime Michel II
Aime Michel III
Charles-Noel Martin
Francois Richaudeau
Robert Amadou
Claude Thomas
CONTRE-PORTRAIT D'UN ETRE DEROUTANT:

Jacques Bergier était sans nul doute un merveilleux et gentil surdoué de bande dessinée, mais c'était aussi bien autre chose: c'était d'abord un Juif, c'était aussi un Russe; et bien entendu, et comme il l'a montré sous la résistance, un grand Français (nb: voir ci-dessous).
Bergici -et pourquoi ne pas l'avouer-, c'était aussi parfois un peu de mégalomanie; c'était aussi un personnage fasciné par le renseignement (mais j'ai souvent remarqué que la mégalomanie allait de pair avec cette fascination). Que de questions je me pose sur les confidences de Jacques Bergier...; par exemple a-t-il réellement rencontré Fulcanelli (nb: voir ci-dessous), et Fulcanelli lui a-t-il dit ce qu'il prétendait avoir recueilli?.. Je ne connaîtrai jamais la réponse... Et je me souviens que lorsqu'il rédigeait ses Mémoires, j'ai eu beaucoup de mal à lui faire accepter d'écrire un chapitre sur l'Alchimie, qui, pourtant, est l'un des
meilleurs textes de son ouvrage.
Autre fait curieux: la quasi-totalité d'entre nous recherche le contact avec la nature pour retrouver une certaine sérénité, et celui des jeunes enfants pour retrouver une certaine naïveté; Bergier avait la phobie de la campagne et des enfants, pourquoi?..
Ses structures mentales me semblaient caractérisées à la fois par une très grande capacité de réception (lecture), d'enregistrement(mémoire), et par une certaine absence de hiérarchisation des informations ainsi stockées; ce qui se traduisait notamment par une crédulité parfois peu justifiée; j'ai d'ailleurs remarqué le même comportement chez d'autres lecteurs prodiges, comme si le développement d'une fonction (enregistrement) s'effectuait au détriment d'une autre (classement et jugement).
Et puis Jacques Bergier c'était aussi quelqu'un de dur: j'ai dû me battre pour que, dans ses Mémoires, il accepte que l'on biffe « la brute galonnée » chaque fois qu'il parlait de De Gaulle. J'ai dû me battre encore plus pour supprimer le chapitre sur Planète qui aurait consommé une rupture définitive entre Louis Pauwels et lui. Jacques Bergier, c'était l'homme qui voyait rouge lorsqu'on parlait de mai 68 et de certains mouvements à tendance anarchique; je ne sais pas, s'il avait été responsable de grandes décisions politiques ou militaires, quel Bergier aurait finalement décidé. Et quoi?..
Bergier, c'est le mourant à qui sa secrétaire (téléphoniquement) lui proposant de faire rapprocher son téléphone de son lit, lui répondait d'une voix cassante: « Je vous en prie, Mademoiselle, pas de zèle. »
Et il est mort, seul, volontairement; comme un grand fauve blessé, dans sa tanière.
Bergier, peu après sa mort, ça a été beaucoup d'articles de presse très gentils, d'émissions de radio. A ses obsèques sa famille avait frété un car pour emmener ses amis de son domicile au cimetière; le car était vide... il n'y avait, autour de sa tombe, dans le lugubre cimetière juif de Pantin, que quelques dizaines d'amis. Où étaient les patrons de presse, d'édition, les journalistes qui, bien souvent d'ailleurs, l'utilisaient un peu comme un clown à crâne d'œuf?..
Qui était Jacques Bergier ?.. Comment expliquer Bergier ?..
Sûrement pas en ne parlant que de ses dons intellectuels, que de sa si grande gentillesse, et de son caractère désintéressé, car le personnage était bien plus complexe. A la fois fragile et inflexible. Je ne crois pas qu'il nous était venu d'une autre planète; mais en songeant à lui, je pense à cet admirable et déchirant roman de Walter Trevis : « L' homme tombé du ciel » décrivant la fragilité émouvante d'un homme d'une autre planète tombé sur notre terre.
Il y aurait aussi le «livre Total» à écrire sur Jacques Bergier. Peut-être d'ailleurs y aurait-il un « livre Total » à écrire sur chaque surdoué; peut-être s'apercevrait-on que leurs dons étonnants ne sont qu'une face de leur personnalité, sont liés, s'expliquent et n'ont pu se révéler que grâce aux autres faces; et qui sont peut-être semblables chez tout ce genre d'hommes.

François Richaudeau - "Question de" no 29, janvier/février 1979.


UN PARCOURS DE VIE HORS DU COMMUN:

A - La ville de Krzemieniec, en ex-Ukraine sub-carpathique. Le château de Góra Bony et sa Tour Royale surplombent la cité et son lycée: enfance de 1920 à 1925.

B - Krzemieniec : le lycée Bony, dont la grande bibliothèque développa la boulimie de livres du jeune Bergier; le guetto et la synagogue en flammes, 1941.

C - Ecole Primaire Communale de Boulogne-sur-Seine, 85-87 rue Adolphe Thiers: études de 1926 à 1927.

D - Lycée Louis-le-Grand, vu depuis l'angle de la rue Cujas. : études secondaires de 1928 à 1930. Il y rencontra notamment son futur associé Albert Mirlesse et l'astronome Vladimir Kourganoff.

E - Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Paris (ENSCP): études de 1931 à 1933. Il y bénéficia notamment de l'enseignement de Marie Curie.

F - Rencontre avec Fulcanelli, accompagné d'André Helbronner: un après-midi de juin 1937, au siège de la Société du Gaz de Paris, 28 place Saint-Georges (9e arr.), dans l'ancien hotel particulier de la marquise de Païva (façade sculptée de 1840 due à l'architecte Renaud).

G - Prison Montluc: 44 séances de tortures de décembre 1943 à février 1944. « Le second torturé de France après Jean Moulin ». Enfermé dans "La baraque aux juifs (150 personnes)", en compagnie du jeune typographe de Marco Polo Charles Sirioud notamment, du futur académicien André Frossard, du colonel Ganneval, ex-attaché militaire à Riga avant-guerre, du colonel français Duboulot, de l'officier juif belge Aabenschuntz, mort des blessures de son dos aux sous-sols de l'école de santé militaire, ou de l'incroyable joueur d'échecs Cohen. L'avionneur Marcel Bloch (futur Dassault) y entra en février 1944. Le colonel Gaunilon assurait l'accueil des nouveaux dans la baraque, aux vitres toujours peintes en bleu ("protection civile"). "L'infirmier" était Francis Gagneraud, en fait pharmacien. Le chef de chambrée, le curieux Falkenstein, avait eu le corps criblé d'une douzaine d'impacts de mitraillette, et le principal gardien était l'unterweldwebel Witmayer ("Médor"). "Komkom" convoyait pour interrogatoires. Chef du fort: le capitaine Boesch. Bergier, optimiste, fixa un rendez-vous à ses compagnons: "Pour l'anniversaire de la libération (8 mai 1946), tous place Pigalle !"
Lire: "A Montluc, prisonnier de la gestapo" de Raymond Leculier, éd. Cartier, Lyon 1945, "La maison des otages: Montluc 1944", d'André Frossard, éd. Fayard 1983, et "Montluc: antichambre de l'inconnu, 1942-1944" de Bruno Permezel, éd. BGA Permezel, Lyon 1999.

H - Camp gestapiste de Neue-Bremm (38 gardiens (33H + 5F), 34 fusillés en 1946, pour 400 prisonniers à peine, français, allemands et russes): le bassin où Bergier faillit mourir noyé et roué de coups de barre de fer sur la tête à chaque respiration hors de l'eau (sauvé in extrémis au petit matin par André Louvel mort en 1999; épisode tragique conté en détail à Michel de Bouard par JB à Mauthausen), durant une nuit glacée de mars 1944, ce après un simulâcre de long chemin de croix (en bois et deux fois plus lourde que lui!) tout autour durant la journée correspondante, ses lunettes ayant alors été brisées sous les yeux de Bernard Cognet. Ce petit camp de transit pour prisonniers politiques et résistants accueilla également le colonel de la Rocque (ex. Croix-de-feu), Colette (qui tenta d'assassiner Laval), et surtout le Père Jacques Pons (organisateur d’un atelier clandestin de faux papiers à Lyon (cas également du jeune ouvrier typographe Charles Sirioud, passé par Montluc et Compiègne en même temps que Bergier), utilisé aussi par le réseau Marco-Polo)(*), dont l'histoire a donné le film "Au revoir les enfants" (il fut lui-aussi déporté ensuite à Mauthausen) et un livre en 2004 intitulé "L'enfant de Noé" par Eric-Emmanuel Schmitt, éd. Albin Michel.
Les prisonniers étaient fréquemment attelés aux jougs des boeufs, pour labourer les champs du voisinage.
Slogan du camp: "Un mort par jour !".
Espérance de vie 5 à 8 jours, sous le chlague de l'Untersturmführer SS Fritz Schmoll. Le camp des femmes laisse la place à un Novotel en 1976 !

Pour "tout savoir" sur Neue-Bremm et sur les deux procès de Rastatt qui découlèrent des effroyables exactions commises dans ce camp (Bergier participant très activement au premier des deux: la trentaine de tortionnaires jugés alors, tuméfiés à l'extrême, avait du être maquillée pour rester projetable aux actualités cinématographiques françaises Gaumont, en janvier 1946, la Sarre étant alors sous administration militaire française d'exception !), rendez-vous sur le site:
http://www.kunstlexikonsaar.de/121+M5d4fd2f18a6.html

((*): Les faussaires lyonnais des groupe Marco-Polo et autres travaillaient également en collaboration avec ceux du mouvement clandestin parisien "Défense de la France" (DF), Michel Bernstein (ancien éditeur avant guerre) et son épouse Monique Rollin. Bergier lui-même déposa en octobre 1943 son manuscrit du "Manuel du saboteur" à Paris chez DF (pseudo Jérôme Cardan durant ce séjour), alors que Bernstein venait d'éditer à quelques centaines d'exemplaires pour toute la France la brochure du "Manuel du faussaire" en février 1943... dont la paternité fut ensuite disputée par Yves Farge de DF (sous le titre de "Voulez-vous voyager dans de bonnes conditions ?")).

I - Camp KZ de Mauthausen: baraque du revier de Gusen (annexe en partie sanitaire du KZ, ex- camp russe avant 1942, vingt baraquements avec plusieurs centaines de malades et mourants par baraque), où le faux médecin anversois nommé d'office par les SS, Guillaume "Bill" Hoorickx (ex-artiste peintre éditeur d'art; futur membre du groupe XXX Planète; époux d'Ania Starisky 1941; mort en novembre 1983), sauva Bergier transféré du Krankenlager adjacent l'hiver 1944-45 (en stade "AKS" = mourant) avec l'accord du SS "trieur" ex-peintre en bâtiment "Musikant".


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Alphonse Lenormand
01 Janvier 2008