Robert Amadou
Francois Riviere
Aime Michel I
Aime Michel II
Aime Michel III
Charles-Noel Martin
Francois Richaudeau
Robert Amadou
Claude Thomas
ADIEU A JACQUES BERGIER:

Adieu cher petit juif errant, mon copain, mon complice. Voilà vingt ans que nous nous connaissons et que nous collaborons, depuis qu'à "La Tour Saint-Jacques", dès le premier numéro, tu annonçais les "Nouvelles de nulle part et d'ailleurs". Mais as-tu jamais manqué de prophétiser le paradoxal, quitte à le fabriquer, dans le réel ou dans la fantaisie ?
A Louis Pauwels, tu fournis la documentation de ce genre que son talent de très grand écrivain mit en oeuvre, dans le "Matin des Magiciens". Le livre parut sous votre double signature, c'était bien le moins, et si ton nom venait en second, est-ce pour une autre raison que de moindre notoriété ?... Ensuite, de ce manifeste, "Planète", tant prisé, tant vilipendé, si goutté du public, en dépit tantôt jaloux tantôt égoïste des confrères et des sérieux que tu abhorrais et que tu ridiculisais. Or, "Planète" fut utile, un peu comme Papus l'avait été à sa manière. Car il est des temps où s'impose, tout risque pris, de vulgariser l'occultisme. "Planète", au bout du compte, en a servi la cause. A "Question de", qui suivit "Planète", comment n'eusses-tu pu pas été des nôtres, où nous poursuivons, avec prudence et en nous efforçant à une lucidité plus alerte et plus discernante, l'oeuvre que renouvelant Papus, René Alleau et moi avions entreprise et qui nous mena à "La Tour Saint-Jacques", d'où tu partis, cher Jacques, pour "Le Matin" et pour "Planète".
Tes ouvrages personnels -sur les énigmes du temps, des OVNI, de l'histoire humaine- ont contribué à ouvrir les yeux du public devant une réalité "différente" (pour parler ainsi qu'à "Planète"), en prélude, dans les meilleurs des cas, à un travail du troisième oeil.
Cher Jacques, digne fils d'Israël né à Odessa (Bergier était ton vrai nom, mais je t'ai toujours senti comme Jacob), digne contemporain de l'Ere permanente du Verseau, aux dons merveilleux de la mémoire, de l'entendement et de l'imagination, qu'exploitait un travail ignorant de toutes vacances, tu fus, tu es savant, philosophe, poète.
On te méconnut, on te calomnia: on t'ignora plus encore qu'on ne t'envia. Et il n'est pas vrai que la lecture, ta drogue, réussit à endormir ton coeur: tu voulais aimer et tu souffris d'être trop peu aimé. Ton amitié était vraie, pourvu qu'on sût comprendre, autant que tes silences irradiants la sympathie, les déclarations d'amitié derrière l'écran de la volubilité. Mais il fallait à la fois saisir tes élans, et respecter ta pudeur. C'est la première fois, Jacques, que j'ose te tutoyer.
Quatre seulement récitèrent des psaumes devant ton corps privé de sa démarche à la Charlot, qui fut inhumé à Pantin par tes parents et tes seuls fidèles. (Marcus en était, qui avait couvé le "Matin des Magiciens".)
Ta dernière, la plus vive de tes rares joies, héros de la Résistance (*), déporté à Mauthausen, inventeur que d'aucuns disent génial, le prix Europa te l'offrit. Et particulièrement, il me semble, cette soirée de reconnaissance, peu de jours après l'hommage suisse. O Jacques, un bouquet de fleurs entre les mains, tu échouais à cacher ton trouble quand ton copain, ton complice, au nom des fidèles entre les fidèles qui t'entouraient, tous tes profondément obligés, rappela le titre de ton autobiographie "Je ne suis pas une Légende", afin de t'assurer que le vérifiait au mieux notre affection. Il est juste, il est normal que ces moments, préparatoires à ton départ, Claudine Brelet les ait agencés, l'amie par excellence. Sur ta table, quelques semaines plus tard, dans ta chambre devenue mortuaire, une feuille ouverte était à l'honneur. Il n'avait pas voulu, ce prétendu mutant, que le compliment présenté en cette occasion par les deux fillettes de Claudine quitta ses yeux malades.
Nous restons à tes cotés, Jacques, nous tâcherons à ta faire apprécier, nous continuerons, dans la communion des farfelus selon le monde, de vivre et de diffuser le réalisme magique, toute notre vie, tout notre travail.
Et nous sommes quelques-uns de tes amis à savoir que si tu es retourné dans ce ciel dont beaucoup te croyaient venus, c'est pour illustrer la parole de ton compatriote Daniel -toi qui par un sublime paradoxe et, je le crois, pour aider à te justifier devant l'Eternel, respectais parfois le shabbat- "Les doctes resplendiront comme la splendeur du firmament, et ceux qui ont enseigné la justice à un grand nombre, comme les étoiles, pour toute l'éternité."
Jacques Bergier, ou le kabbaliste sauvage, à Dieu, mon ami et mon frère.

Robert Amadou – trimestriel « L’Initiation », oct-nov-déc 1978.

((*): membre du réseau « Libération » avec le Trio des Ingénieurs de 09 à 12/42, puis de « Marco-Polo » à la section scientifique de la Croix-Rousse; arrêté le 24/11/1943 à Villeurbanne, en compagnie de Gaston Fléchier, Raymond Léculier (« Couguard »), Jacques Legrand (« Mulot »), Jacqueline Sevillano, Lucien Périchon (« Perruche », déporté à Mauthausen comme Bergier en mars 1944), Paul Pellet (« Balbo »), et Marguerite Pellet. Henri Lacarelle ("Sarcelle") et Cyprien Gabilly ("Poisson rouge", dont le père Henri Eugène Gabilly, grossiste en primeurs 25 chemin de la Tassine à Saint-Genis-Laval (Rhône), accueillera en catastrophe durant quelques semaines les restes du Réseau Marco-Polo au retour de Londres de René Pellet le 15/12/1943, avant sa réimplantation au domaine agricole du Milon à Chaponost jusqu'au 31/07/1944), tous deux agents de liaison P2, échappent d'extrême justesse à la rafle de la nuit du 24/11, grâce à un aveugle posté à l'entrée de l'Institut Pellet. En quelques heures 62 agents du réseau de résistance M.C.P.A. Promontoire-Marco-Polo furent ainsi interpellés, en représaille au sabotage du camion central téléphonique « central D.V. » installé dans la cour de l'hotel des Postes de Lyon, par Charles Spitz le 19/11/1943 (ce dernier étant arrêté le 26/11/1943)). Grace à Irénée Pellet, le père de René, Julien Steyaert réussit à sauver les archives du Réseau à l’Institut, dans la journée du 25/11/1943!

Robert Amadou:
né le 16 février 1924 à Bois-Colombes (France) et décédé en 2006. Astrologue depuis l’âge de 14 ans. Etudes secondaires chez les jésuites. Docteur en théologie, docteur ès lettres, docteur en ethnologie (Paris VIIe), il est professeur d’université. Directeur de l'Institut Métapsychique International de Paris dans les années 50', il est aussi président d'honneur de l'Institut Eléazar martiniste depuis 1990... et prêtre de l'église syrienne orthodoxe d'Antioche! Outre l’astrologie, il présente une grande érudition en matière de parapsychologie, de franc-maçonnerie (lui-même est effectivement martiniste), et sur les grands courants ésotériques modernes: auteur de très nombreux ouvrages et articles sur tous ces sujets, il fut le fondateur de la revue "La Tour Saint-Jacques" fin 1955, à laquelle participa Jacques Bergier, dont il était le meilleur ami... jusque sur son lit de mort.

Collaborateurs de JB (h à b): Pierre Nord, Bernard Thomas, Jean-Philippe Delaban, Victor Alexandrov.
Charles-Noël Martin, physicien, grand ami de Bergier dans les années 50' et 60'.
Reliures personnalisées du "Matin des Magiciens" (éd.CAL), destinées à l'étude maçonnique en loge.
Album pirate chinois de 1984...
... avec Ezdanitof-Bergier redessiné.
Pierre Versins, écrivain encyclopédiste de SF, grand ami dans les années 50'.
François Bordes (Francis Carsac), écrivain de SF, ami dans les années 50', professeur paléontologue.
André Ruellan (Kurt Steiner), écrivain de SF, ami dans les années 50', médecin.
Alphonse Lenormand
01 Janvier 2008